Former à enseigner le français écrit en contexte multilingue et transeuropéen : enjeux, modèles, pratiques innovantes et inclusives
Visant le développement et le renforcement des compétences professionnelles en matière d’enseignement du français écrit, le présent séminaire développé dans le cadre du projet DIDAFÉ s’adresse principalement aux étudiants, futurs enseignants du français à l’école primaire, au secondaire, à l’université et dans d’autres organismes de formation (publics ou associatifs).
L’enseignement de l’écrit est ainsi envisagé dans plusieurs situations : de français langue première (FLM), langue seconde ou étrangère (FLS/FLE), de français sur objectifs spécifiques (FOS), de français sur objectifs universitaires (FOU), de français langue d’intégration (FLI), de français comme discipline non linguistique (DNL), etc.
Dans ces différents contextes, si l’écrit reste l’objet à enseigner, son enseignement est décliné en fonction des publics, des objectifs de formation, des types d’écrits et de leurs fonctions, ce qui requiert une prise en compte des points communs, mais aussi des spécificités inhérentes à ces contextes.
Organiser une formation sur l’enseignement de l’écrit est motivé par l’omniprésence de celui-ci et par sa fonction dans l’insertion scolaire, sociale et professionnelle. Quels que soient la discipline et le niveau de formation, l’écriture participe à la construction des savoirs et elle est présente dans la vie quotidienne de chacun. En Europe, les travailleurs en difficulté en écriture ont du mal à trouver du travail et à s’y maintenir. Or, si l’on peut apprendre à parler naturellement en écoutant et en interagissant avec les autres, l’acquisition de l’écriture, qui est une pratique extraordinaire, nécessite le recours à un apprentissage explicite. De plus, tant pour les locuteurs allophones ou natifs, la langue écrite reste une véritable langue étrangère.
Formation
La formation est organisée en distanciel. Elle compte 24 heures, soit douze séances de deux heures. Elle rassemble les étudiants issus des universités partenaires du projet DIDAFÉ (Universités de Bordeaux-INSPÉ, de Bordeaux Montaigne, de Sorbonne Université-INSPÉ de Paris, de Tirana/Albanie, de Novi Sad/Serbie et de Bucarest/Roumanie).
Chaque séance est animée par deux ou trois enseignants d’universités différentes.
À la fin de la formation, une attestation sera délivrée aux participants qui en auront bénéficié.
Module 1: Contextes d’enseignement des langues, du français et du français écrit
Objectif et contenu
En plus de la connaissance des politiques sociolinguistiques, éducatives et pédagogiques,ce module entend montrer l’impact des politiques linguistiques et éducatives sur l’enseignement des langues en général, du français (notamment comme langue étrangère) et du français écrit. En plus des éléments théoriques, le module s’appuiera sur la situation concrète des pays dont sont issus les participants. Des approches et des analyses comparées sont privilégiées pour dégager les invariants et les spécificités. Toute proportion gardée, les approches et les outils d’analyse déployés doivent être de nature à être appliqués dans d’autres sphères éducatives et linguistiques. La connaissance des éléments de contexte est indispensable parce qu’elle permet de mieux comprendre les logiques qui sous-tendent les pratiques des enseignants, car celles-ci sont toujours socialement et institutionnellement situées.
Ce module donnera lieu à 3 séances de 2 heures
Séance 1 : Politiques sociolinguistiques sur l’enseignement des langues : focus sur le français dans les Balkans
Les politiques linguistiques et les réalités sociolinguistiques ont un impact sur l’enseignement des langues et notamment sur l’enseignement du français dans les Balkans compte tenu des choix liés à des enjeux politiques, identitaires et géo-économico stratégiques des différents états. Historiquement langue de prestige et de diplomatie, le français a longtemps occupé une place centrale dans les systèmes éducatifs des Balkans, même s’il subit un recul depuis quelques temps. Dans un contexte européen de l’éducation qui se co-construit peu à peu, le français se maintient néanmoins grâce au soutien institutionnel, aux sections bilingues ou internationales, et à un positionnement comme langue de partage et en partage avec le multilinguisme et le multiculturalisme au cœur des valeurs européennes. Apprendre ou enseigner le français (notamment écrit) ne peut oblitérer l’importance des contextes : leur croisement enrichit la compréhension
Séance 2 : Apports et limites du CECRL dans l’enseignement des langues en Europe
Le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL) dans sa version 2001 et 2019 est un document incontournable de langage commun pour tous les enseignants de langues en Europe. Les manuels, les ressources, les formations et les évaluations et certifications dans le secteur privé ou public ont intégré dans une certain mesure les six niveaux de langues et les descripteurs afférents selon des variations importantes selon les politiques linguistiques des différents pays mais aussi selon les cultures d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit de proposer une analyse critique de ce document dans ses apports et ses limites et de regarder plus précisément ce qu’il en est pour l’expression écrite en nous appuyant sur le français langue étrangère. Apprendre ou enseigner le français (notamment écrit) nécessite une compréhension plus fine du CECRL.
Séance 3 : Place de l’écrit dans les curricula de formation des enseignants de français
Cette séance propose une présentation de la place de l'écrit dans les curricula de formation des enseignants de français en Albanie, en Roumanie, en Serbie et en France. A partir de l'examen des dispositifs de formation initiale et continue, elle fait voir les modalités d'intégration de l'écrit dans les parcours universitaires et professionnels. Bien que l'écrit soit omniprésent à tous les niveaux de l'enseignement du français, il est souvent abordé de manière transversale plutôt que comme un objet d'enseignement autonome. Les intervenantes présenteront également les enjeux et les perspectives d'un renforcement de la didactique de l'écrit dans la formation des enseignants.
Module 2: Théories et méthodes d’enseignement du français écrit en contexte multilingue
Objectif et contenu
Ce module vise, d’une part, à présenter des notions théoriques et didactiques fondamentales pour l’enseignement et l’apprentissage de l’écrit/ure en contexte multilingue, et à déterminer, d’autre part, leur place dans ce processus. Posées comme préalables à l’enseignement de l’écriture, les notions telles qu’écriture, écrit, compétence scripturale, représentations et rapport à l’écrit/ure seront définies. Puis, dans un contexte d’enseignement-apprentissage de l’écriture, il sera question du plurilinguisme et du pluriculturalisme, de la compétence discursive et de l’intercompréhension, des outils, des ressources, des dispositifs et de l’évaluation. Le module sera clôturé par une synthèse sur les disciplines (notamment des sciences humaines et sociales), dont les apports nourrissent la didactique de l’écriture.
Ce module donnera lieu à 6 séances de 2 heures
Séance 4 : Écrit/ure, compétence scripturale et rapport à l’écrit/ure comme notions préalables
Cette séance vise à définir les notions d’écrit, d’écriture, de compétence scripturale et de rapport à l’écrit/ure que nous considérons comme fondamentales dans le processus d’enseignement et d’apprentissage de l’écriture. Cette clarification notionnelle permet de montrer, d’une part, la complexité de l’acte d’écriture et de dégager, d’autre part, les savoirs et les savoir-faire qui sont en jeu lorsqu’on a affaire à l’écriture. Comme celle-ci est un objet d’apprentissage particulier, nous insistons sur la nécessité de prendre en compte la relation singulière et complexe que chacun entretient avec elle, relation qui peut favoriser ou bloquer son acquisition.
Séance 5 : La compétence plurilingue et pluriculturelle dans l’enseignement de l’écriture
La mondialisation, les migrations et le développement du numérique ont favorisé l’émergence de sociétés plurilingues et pluriculturelles, influençant directement l’enseignement du français langue étrangère.
Le Cadre européen commun de référence pour les langues associe la compétence plurilingue et pluriculturelle et la définit comme une compétence complexe que l’enseignant et l’apprenant mobilisent de manière stratégique selon les situations.
Dans cette perspective, le projet DIDAFÉ — réunissant la France, la Roumanie, l’Albanie et la Serbie — analyse les enjeux de l’enseignement de l’écriture, et, dans ce cadre, nous souhaitons y ajouter la place des compétences plurilingue et pluriculturelle. L’étude, fondée sur un questionnaire (Sphinx), vise à comparer l’impact des contextes plurilingues et pluriculturelles des Balkans sur l’enseignement de l'écrit du FLE avec la situation française.
Séance 6 : L’intercompréhension et la compétence discursive comme levier pour faire écrire
Utiliser l’intercompréhension dans le processus d’enseignement des langues étrangères représente l’une des méthodes facilitant la « compréhension mutuelle entre les locuteurs » (Doyé, 2005, p. 45) ouvrant ainsi la voie au plurilinguisme. Notre cours propose une série de stratégies et techniques utilisant l’intercompréhension dans la communication orale et surtout écrite. Les divers types d’approximation (de forme, de sens), l’approche contextuelle des documents écrits et oraux, l’appel à la composante linguistique, extralinguistique et encyclopédique, les activités et les stratégies de médiation conforteront la composante de l’écrit dans l’acquisition du français.
Séance 7 : Ressources, outils, dispositifs et supports : clarification notionnelle
Cette séance vise à clarifier les notions de supports, d'outils et de ressources pédagogiques dans l'enseignement et l'apprentissage du français écrit (FLE compris). Ces notions ont été diversement investies en linguistique et en didactique des langues en fonction des courants théoriques. Une fois précisées les notions, nous examinerons l’usage de ces supports, outils et ressources en lien avec les activités pédagogiques proposées au sein de l’espace scolaire, au primaire, au secondaire, dans le supérieur et dans la formation pour adultes. Nous cherchons ainsi à dégager leur rôle et leur finalité dans l’enseignement-apprentissage de l’écriture et de l’écrit.
Séance 8 : Processus et réécriture, points d’appui pour faire évoluer et évaluer l’écrit/ure
Après avoir défini les notions de processus et de réécriture, nous rappelons d’abord combien la première donne la possibilité de gérer les multiples contraintes en jeu dans la production de l’écrit. Puis, avec des exemples à l’appui, nous nous attarderons ensuite sur la seconde pour montrer qu’elle constitue à la fois un bel observatoire des compétences déjà-là ou en cours d’acquisition et un levier pour les faire évoluer. Les différentes illustrations présentées mettent au jour le fait que la réécriture offre au sujet écrivant un espace de dialogue avec lui-même et avec la personne qui l’accompagne.
Séance 9 : Apports des sciences humaines et sociales à la didactique de l’écriture
Cette séance propose de mettre en avant le dialogue entre la didactique du français écrit et la psychologie. En effet, l’activité de production écrite a largement été étudiée par les psycholinguistes, qui ont décrit les processus cognitifs mis en œuvre lors de l’écriture en langue première ou seconde (Hayes, 2012 ; Li, 2023). En psychologie cognitive, les chercheurs se sont intéressés aux notions d’attention, de mémoire de travail, de charge cognitive pour tenter de mieux comprendre le fonctionnement des apprenants (Piolat, A. et Roussey, 1992 ; Sweller, 1994). Comment la didactique peut-elle se saisir de ces théories et constats pour concevoir des situations d’apprentissage de l’écrit ?
Les objectifs de cette séance sont, dans un premier temps, de prendre, sur un plan théorique, connaissance des spécificités de l’écriture en langue première et en langue seconde. Une accent particulier est placé sur rôle de l’attention dans la régulation de ces processus et la gestion des ressources cognitives limitées des apprenants.
Dans un second temps, des situations didactiques concrètes sont analysées en interrogeant les conditions dans lesquelles les aides à l’écriture peuvent guider l’attention des rédacteurs et soutenir l’apprentissage. Ces exemples de dispositifs ont pour but d’amener les participants à réfléchir aux implications sur le plan cognitif des activités qu’ils seront amenés à mettre en place auprès des élèves.
Module 3: Développement des pratiques d’enseignement et mise en situation professionnelle
Objectif et contenu
En prenant appui sur les théories et les notions abordées dans le module 2, il s’agit, en fonction des profils des participants à la formation, d’élaborer les contenus, les curricula, les ressources, les outils et les dispositifs de formation à l’enseignement de l’écrit/ure dans différents contextes (FLM, FLE, FOS, FLS, FOU, DNL) et auprès de publics diversifiés (débutants, intermédiaires et avancés, locuteurs natifs et non natifs).
Ce module donnera lieu à 2 séances de 2 heures
Séance 10 : Pratiques et dispositifs d’enseignement et d’apprentissage de l’écriture I
Séance 11 : Pratiques et dispositifs d’enseignement et d’apprentissage de l’écriture II
Les séances 10 et 11 auront pour objectif de présenter et analyser des dispositifs d’enseignement-apprentissage de l’écriture dans l’enseignement primaire et secondaire. Il s’agira de s’intéresser à la mise en œuvre des notions abordées dans le module 2. A partir de ces données, chaque participant(e) sera invité(e) à s’approprier un dispositif et à l’intégrer à sa pratique, en construisant une fiche de préparation adaptée à son contexte d’exercice.
Les échanges autour de ces propositions viendront nourrir la réflexivité sur les théories présentées et les choix didactiques qui en découlent.
Module 4: Analyse des pratiques professionnelles (6 heures, dont 6 heures en autonomie)
Objectif et contenu
Ce module vise à mobiliser les théories et notions présentées dans le module 2 pour analyser et faire évoluer les pratiques d’enseignement de l’écriture dans des contextes variés. Précisément, accompagnés par les formateurs, les participants produiront un écrit réflexif sur l’enseignement du français écrit. Après des retours individuels et collectifs de la part des formateurs, ces écrits seront déposés sur le site internet du projet et partagés à la communauté éducative.
Ce module donnera lieu à 1 séance de 2 heures.
Séance 12 : Retours sur les analyses des pratiques professionnelles
La dernière séance du séminaire sera consacrée à l’analyse des pratiques professionnelles. Après un bref cadrage théorique de cette notion, nous proposerons d’examiner les données issues du projet DIDAFE, en mettant en regard des enregistrements de cours de français réalisés en France et les résultats d’un questionnaire adressé à des enseignants exerçant en France, en Albanie, en Serbie et en Roumanie.
La séance aura pour objectif de stimuler la réflexion critique, de favoriser le partage d’expériences et d’identifier des stratégies adaptées aux différents publics, aux finalités d’enseignement et aux types d’écrits abordés.
Dans une perspective de co-construction, les participants seront invités, en fin de séance, à échanger sur leurs propres pratiques d’enseignement du français écrit en contexte multilingue et transeuropéen.
